18 février 2026

IA, productivité, croissance et emploi : quelle équation en 2026 ?

L’intelligence artificielle (IA) est aujourd’hui au cœur des débats sur l’avenir de l’économie mondiale. Promesse de gains de productivité et de croissance, mais aussi source d’incertitudes pour l’emploi, l’IA suscite un large corpus de travaux économiques. La littérature récente explore ces impacts à la fois macroéconomiques et microéconomiques

L’intelligence artificielle (IA) est aujourd’hui au cœur des débats sur l’avenir de l’économie mondiale. Promesse de gains de productivité et de croissance, mais aussi source d’incertitudes pour l’emploi, l’IA suscite un large corpus de travaux économiques. La littérature récente explore ces impacts à la fois macroéconomiques et microéconomiques

1. L’IA comme choc technologique : potentiel et limites de la croissance

La plupart des modèles macroéconomiques évaluent l’IA comme un choc technologique potentiellement positif pour la productivité globale des facteurs (PGF). Selon le Fonds monétaire international (FMI), dans un scénario de diffusion rapide, l’IA pourrait accroître la PGF mondiale de 2,4 % sur dix ans, entraînant une hausse du PIB de près de 4 % par rapport à une trajectoire sans IA.

Cependant, ces projections ne sont pas automatiques et dépendent d’investissements complémentaires, notamment en capital humain et physique, ainsi que de réorganisations internes profondes des entreprises. Sans adaptations institutionnelles et productives, les gains escomptés sont significativement plus faibles.

D’autres travaux, plus prudents, estiment que l’impact de l’IA sur la croissance pourrait être modeste. Une étude basée sur l’économie américaine suggère que la contribution de l’IA à la PGF pourrait ne pas excéder 0,7 point de pourcentage sur une période de dix ans, même dans un scénario d’automatisation étendue. Cela impliquerait des gains de croissance annuels relativement limités sans transformations structurelles plus larges.

2. Heterogeneite sectorielle et geographique des gains

Avec la chute en Bourse de secteurs comme celui des éditeurs de logiciel ou les ESN, on constate une forte hétérogénéité des effets de l’IA selon les secteurs d’activité et les zones géographiques. Les gains de productivité sont particulièrement concentrés dans les secteurs à forte intensité de données et d’automatisation cognitive, comme la finance, les services professionnels ou la santé.

À l’inverse, dans les domaines où les tâches sont difficilement automatisables — par exemple les services de soins à la personne, l’industrie lourde (métaux, …) ou l’agriculture traditionnelle — les bénéfices sont plus faibles à court terme.

De même, les économies avancées semblent mieux placées pour capter les gains liés à l’IA, notamment grâce à leurs capacités d’investissement, leur capital technologique et leur tissu productif plus adapté. Dans le scénario optimiste du FMI, le PIB augmenterait de 5,4 % aux États-Unis et de 4,4 % en Europe d’ici dix ans, contre 3 % dans les pays émergents et seulement 2,2 % dans les pays à faible revenu.

3. Emploi et transformation du marche du travail

Contrairement à certaines craintes populaires, l’impact de l’IA sur l’emploi ne se traduit pas forcément par une destruction massive d’emplois. Les études économiques s’accordent davantage sur une reconfiguration des tâches et des compétences que sur une simple substitution homme-machine.

L’IA tend à automatiser des tâches routinières et répétitives, tout en engendrant de nouvelles complémentarités où humains et technologies travaillent ensemble. Cela modifie profondément la nature du travail, avec des effets qui varient selon le niveau de qualification, l’âge, le genre et les secteurs.

Cette transformation s’accompagne de risques accrus d’inégalités, car certains segments de la population — notamment les travailleurs peu qualifiés — peuvent voir leur mobilité sociale réduite. À l’inverse, les emplois hautement qualifiés pourraient bénéficier d’une augmentation de la demande pour des compétences spécifiques.

4. Defis structurels : adoption, investissements et gouvernance

Un constat récurrent dans la littérature est que les bénéfices potentiels de l’IA ne se matérialisent pas automatiquement. Pour qu’ils se concrétisent, plusieurs conditions doivent être réunies :

  • Investissements complémentaires : Les gains de productivité associés à l’IA nécessitent des investissements significatifs en capital humain (formation, compétences) et matériel (infrastructures numériques). Sans ces investissements, les entreprises peinent à intégrer efficacement l’IA dans leurs processus de production.
  • Concentration technologique : L’écosystème mondial de l’IA est aujourd’hui dominé par un petit nombre d’acteurs technologiquement puissants, ce qui peut freiner l’innovation et accroître les asymétries entre pays. Cette concentration limite souvent l’accès aux technologies avancées pour les acteurs plus petits ou moins dotés en ressources, notamment dans certaines régions d’Europe ou dans les pays émergents.
  • Gouvernance et régulation : Il sera clé de définir un cadre institutionnel et réglementaire apte à orienter l’innovation vers des tâches à forte valeur socio-économique, à protéger contre les dérives de l’IA (désinformation, biais ou manipulation des données) et à garantir une répartition équitable des gains.

5. Synthese des implications economiques

En résumé, l’intelligence artificielle offre un potentiel réel de gains de productivité et de croissance, mais ces gains ne sont ni automatiques ni uniformes. Ils dépendent de la vitesse d’adoption, de la capacité à investir dans les compétences et d’une stratégie équilibrée de régulation et de gouvernance.

Sur le plan de l’emploi, l’IA agit davantage comme un moteur de transformation que comme un simple destructeur d’emplois, modifiant la nature des tâches et favorisant la complémentarité entre travail humain et technologies.

L’intelligence artificielle n’est pas une panacée économique instantanée, mais elle a le potentiel de remodeler durablement la productivité, la croissance et l’emploi. Pour en tirer parti, les décideurs publics et les entreprises doivent anticiper, investir et réguler — afin que les bénéfices ne restent pas le privilège de quelques secteurs ou régions, mais profitent à l’ensemble de l’économie.

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